PREMIERE PARTIE: (« Open Mag » Octobre 2006)

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DEUXIEME PARTIE:

Parlons maintenant de vous Harrison… Souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu du reggae?
Souvenez-vous du nom de la chanson ou bien celui de l’artiste?

Harrison : Je me souviens de Bob Marley… je me souviens de Peter Tosh… je me souviens de Culture. Particulièrement les albums
« Rastaman Vibration », « Equal Rights » et « Nuff Crisis ». Je me souviens seulement de la musique, étant à l’époque très jeune. Je ne savais pas pourquoi je l’aimais tant…
Je ne pouvais pas l’expliquer si quelqu’un venait me le demander. Je me sentais juste bien.

En tant que blanc californien, pourquoi avez-vous décidé de chanter en patois jamaïcain?

Harrison : Je ne crois pas que j’ai décidé de chanter en patois, ça semble juste être ce qui vient naturellement quand je chante. Je pense en être conscient à un certain niveau,
mais ça ne vient jamais dans mes pensées quand je suis en train de chanter. Le patois m’atteint comme de la poésie. Il a un rythme, une musicalité, une vibe. Je parle aussi
le patois de temps en temps en Jamaïque, au téléphone à des amis jamaïcains, et puis aussi parfois dans certaines situations où les gens prennent habituellement une attitude
étrange sur leur visage et disent « quoi? ». Tous les amis et les gens qui me connaissent depuis ces années où j’ai commencé à voyager en Jamaïque considèrent cette
particularité comme faisant parti de moi. Ils disent que je ne suis pas de Californie, mais que je suis jamaïcain. En fait le patois est pour moi la façon de faire
sonner la musique et le chant. En fait depuis les toutes premières fois où j’ai chanté le reggae c’était en patois jamaïcain. Je crois que les gens savent qu’il n’y a
aucune blague là-dedans. Quand j’invoque Jah, j’invoque un hommage aux plus hautes sphères, et ce n’est plus moi.

Quelles sont les raisons qui vous ont menées en Jamaïque? Comment êtes-vous allé là-bas pour la première fois?

Harrison : La Jamaïque et le reggae ont toujours été une source pour moi. Mes parents m’ont présentés à une famille en Jamaïque qui avait un enfant de mon âge nommé Leighton Lugg et
on s’est immédiatement liés d’une forte amitié. J’étais resté avec lui et sa famille dans la baie de Saint Ann (à Charles Town) et ai rencontré tous les gamins du coin
de notre âge et rapidement on faisait tous parti de la vie de chacun. Je passais des étés et des hivers entiers en Jamaïque. Je voyais des personnes grandir, d’autres naître,
des bons amis disparaître. Je jouais de la guitare à l’église Baptiste de la baie de Saint Ann.

Pouvez-vous nous décrire la scène reggae en Californie? Est-ce que le public y préfère le bon vieux roots reggae joué avec des instruments ou le dancehall et
ses sound systems?

Harrison : On a un bon mélange de concerts roots reggae et de dancehall mixé dans les sound systems à travers la cote californienne. Juste en bas de la rue à Sebastopol on a des sound
systems qui jouent de tout, du roots au dancehall, les lundi et samedi.
Je dirais que la Californie est ce qu’il y a de mieux comme endroit aux Etats Unis pour le reggae.

J’ai lu que vous avez enseigné l’histoire du reggae à l’univesité. Avez-vous déjà entendu parlé du livre « Book of Memory, a Rastafari Testimony » écrit en patois
par le rasta elder Prince Elijah Williams? C’est un très bon livre, je vous le conseille.

Harrison : Vous êtes la troisième personne qui m’ait parlé de ce livre. Je n’ai pas trouvé d’exemplaire ici en Californie, mais je le lirai dés que je l’aurai trouvé… merci

Beaucoup de jamaïcains ont déjà chantés sur vos albums (Don Carlos, Marcia Higgs, Ras Michael, Apple Gabriel, Cedric « Congo » Myton et maintenant Pablo Moses et Ijahman),
y’en a t-il encore avec qui vous désireriez collaborer dans vos prochains albums? Un rêve d’enfance?

Harrison : On a plein de plans pour le futur, plein d’idées qui vont prendre du temps et de la concentration pour être menées à bien.
Les idées d’albums sont bien au-delà du moment présent. J’avais pour espoir de me confronter au monde du reggae sans faire aucune excuse.
Un album featuring Joseph Hill de Culture et le grand Burning Spear étaient un de ces idées… Joseph Hill était un bon ami et un bon professeur pour moi, il me manque beaucoup.
Je crois que c’était un rêve d’enfance.

Cependant le futur est resplendissant et ce qui sera, sera.

J’ai lu quelque part que vous aviez été en Jamaïque avec Mortimmer Planno, le mentor et conseiller spirituel de Bob Marley, mais aussi que vous connaissiez Joe Higgs,
son professeur de chant, avant qu’ils ne meurent. Qu’avez-vous appris d’eux?

Harrison : Oui, oui c’était des moments très forts dans ma vie. Planno, Higgs, Hill… tous partis. Encore des noms a ajouter au flot incessant, on a aussi perdu Ras Pidow
il y a quelques années. Ce sont des aînés, des professeurs.

En ce qui concerne Joe Higgs, il a donné sa vie à la Jamaïque et à sa musique, il n’était pas un homme très connu. Joe Higgs prenait son rôle à bras le coeur.
La liste des musiciens et des trios harmoniques qui doivent leur carrière à Joe Higgs est très longue. Il m’a dit de combattre tout ce que je pouvais, et que la récompense
sera belle. Ce n’est pas une récompense physique, mais une récompense sous forme d’une grande force spirituelle qui se prolongera à travers les âges.
Et aucune possession ne pourra jamais te garantir cet accomplissement.

Planno était une personne très droite qui n’aimait pas être utilisée de quelque sorte que ce soit. Je me souviens à Porus en Jamaique écoutant ce grand aîné parler de la
lutte pour l’Afrique et d’un besoin d’une alliance mondiale sous la bannière rouge, or, vert, rastafari. Il parlait de Marcus Garvey et de Selassie, et même de Martin Luther King
et de Malcolm X qu’il a tout deux pu rencontrer. Il était le lien le plus fort avec la fondation du mouvement Rasta, le Youth Black Faith à Back-o-wall qui
devint plus tard la Maison I-gelic, les Douze Tribus, et la foi Bobo. Il était un des premiers à diriger et à commencer le combat contre le système.

Cependant, j’étais jeune à l’époque, et je me rappelle surtout de lui m’enseignant le respect et à tenir ma langue.

Beaucoup de journalistes parlent de vous comme « un nouveau Bob Marley ». Quelle est votre réaction quand vous entendez ou bien lisez de telles affirmations?

Harrison : Que dire? Bob Marley était un grand homme qui était dévoué à la quête d’égalité et de justice. Un homme qui rêvait qu’un nouveau monde d’amour et de partage remplace
celui-ci et comme pour nous, la musique était son arme. Marley est devenu une force et aucun équivalent ne peut être trouvé sur terre, maintenant et pour toujours.

Ceci étant dit, on est en 2006 et Groundation est « Upon the Bridge », prêt à attraper cette lance brûlante jetée par Bob Marley et prêt à la porter aussi loin que nos vies
le permettent.

Que pensez-vous du récent retour du roots reggae en Jamaïque déjà appelé « le retour du One Drop » par les média reggae?
Pensez-vous que c’est un retour réel d’un « son conscient et d’une certaine conscience » chez les nouveaux artistes jamaïcains ou que c’est seulement une mode créée
par quelques producteurs pour reconquérir les publics américains et européens qui en avaient assez du Dancehall de ces dernières années et de ses lyrics slackness et violents?

Harrison : C’est une bonne question… je sais pas. J’adore le roots reggae et le son original « One Drop », mais on n’est pas là pour refaire les vieilles vibes, on est là pour
en créer de nouvelles. En tant que musicien, je sens que tu es aussi un gardien de la vie. Tu es ici pour inspirer et distiller de l’amour au sens noble et de
la révérence pour la vie… pour tout le monde.

Les lyrics violents et slackness font partis du système. Un système qui requiert de ses participants d’adopter pleinement la façade qui dit que les biens matériels, l’argent,
et le pouvoir sont les vrais buts de la vie. S’ils pensaient le contraire alors ils n’auraient rien à leur vendre, mais ils ont bien quelque chose à vendre et ils ont besoin
qu’ils l’achètent. Cependant une fois qu’ils l’ont fait, ils se rendent compte que leurs possessions est creuse et n’en vaut pas la peine.

J’espère que la Jamaïque et que le reggae retournent réellement au Roots and Culture, aux lyrics conscious. Cependant ils doivent juste avoir en tête que ce n’est pas de la
pop-music, ce n’est pas de la musique produite en tant que produit. Ca veut dire que tu ne peux pas être positif et conscious aujourd’hui et être slackness demain. Si tu es
vraiment conscious alors tu as dompté ces tentations et tout ce qu’il reste c’est la musique et sa mission.

Maintenant que vous êtes « Upon the Bridge », pouvez-vous s’il vous plait nous dire qu’est ce qu’il y a de l’autre côté? A quoi ce pont mène t-il?

Harrison : C’est une question très complexe tant musicalement que socialement. Tout ce que je peux dire c’est que de grands changements sont en train d’arriver.

Merci beaucoup pour cet interview et pour votre travail. Vous êtes réellement de grands musiciens! Guidance et Blesssings à vous les gars…

Harrison : Merci Frank, tout le plaisir était pour moi… et en attendant la prochaine fois, Blessings, Harrison.

Première Partie traduite par « Open Mag » (octobre 2006)
Deuxième Partie traduite par Ludovic A. (natty j.)