Harrison Stafford: Exclusive Interview (Traduction française par Pierre-Louis Heidinger).

L’évolution de Harrison Stafford s’inscrit dans un long processus, à vrai dire : « l’histoire de toute une vie » . Le Professeur a pour la première fois étudié la musique en s’imprégnant d’albums jazz empruntés à son père (pianiste) durant son enfance,  Harrison a également peaufiné sa culture musicale grâce à son grand frère, également fan de Reggae.thumbnail_web-160413_Harrison_Stafford_0056-Lee_Abel

Né en Californie au sein du famille Juive : Harrison s’intéresse à la Jamaïque et à la culture Rastafari à travers des voyages estivaux et hivernaux effectués avec sa famille … Une fois en Jamaïque  la musique, l’énergie et le message inhérent au reggae a séduit le jeune étudiant en musique, qui deviendra bientôt le chanteur que nous connaissons aujourd’hui.

Des années plus tard Harrison Stafford forma un des groupes reggae le plus successfull de l’histoire de États-Unis ! Il devint alors le chanteur de Groundation et commença  à créer son propre destin …  Enseignant l’Histoire du Reggae à l’Université, il vient même de produire un des documentaires important sur le Rastafarisme et Haile Selassie.

Aujourd’hui, Stafford promotionne  son dernier album solo One Dance. Suite à l’avènement de son nouveau projet, Professor nous a accordé une interview –> Abordant  son implication dans le reggae, sa vie  en  Jamaïque,et avant tout sa passion pour le chant, la justice, l’amour et l’harmonie.

The Island Sound: Peu de groupes en provenance des États-Unis sont accueillis avec  les bras ouverts en Jamaïque. D’après vous autant que « The Professor » aka, Harrison Stafford, comment la musique du  leader de Groundation a été reçu par la communauté reggae en Jamaïque ?

Harrison Stafford: La plupart des musiciens en Jamaïque connaissent Groundation, à force de nous croiser lors de festivals, c’est un peu comme « une famille ». Nous sommes beaucoup suivis par mes amis  à  St. Ann’s Bay même à  Ocho Rios. J’ai mangé chez « Calabash, the Ital Rasta Restaurant » : Un vieux Rasta est venu vers moi, il était très impressionné de me rencontrer ! Je ne m’attendais pas à ce que cet Elder connaisse Groundation ! Cela doit venir du fait que nous sommes « militants et centrés ».  J’aime joué du roots, le message concerne presque toujours l’équité et la justice, nous cherchons à créer un monde meilleur ! Je crois que les Jamaïcains le ressentent,  ils te jugent à travers ton travail et ta musique … « Il ne faut pas se fier aux apparences ».

The Island Sound: En novembre 2015, ton documentaire  Holding on to Jah a été commercialisé : Quels évènements t’ont poussé à produire ce type de film ?

Harrison Stafford: Cela découle vraiment de mes cours sur l’Histoire du Reggae à  Sonoma State University. En classe, j’étais en compagnie de Joseph Hill  le chanteur de Culture, il y avait également  Israel Vibration, et d’autres musiciens qui venaient témoigner devant les élèves. J’ai appelé mon ami  Roger Hall, afin de filmer nos « masterclasses »  …  C’est là que l’idée d’un documentaire a germée, ils s’agissait de filmer les elders rasta, ils étaient là en 1966 dans l’espoir de voir Sa Majesté Haile Selassie lors de son voyage en Jamaïque. Ce moment fut vraiment crucial, pour moi , il s’agit « d’un tournant pour l’Humanité » ! Je voulais que les gens entendent leurs histoires … Initialement  Selassie  fut payé par le gouvernement Jamaïcain afin qu’il désavoue la croyance  selon laquelle, « SMI (il) était un Messie voire un Dieu ».     En rencontrant une  délégation de Rastas, il aurait déclaré : « Je suis celui que vous dites » !  C’est alors que le gouvernement, a essayé « d’écraser et de ralentir le mouvement » …  Au contraire, tout ça a « explosé »  ! Ce film, Holding on to Jah,  est vraiment centré sur l’évolution du mouvement durant la visite de Selasssie en Jamaïque ! C’est une merveilleuse et puissante histoire qui, je pense est cruciale aujourd’hui  Cela concerne notre futur, « le one  love » et l’unité …

The Island Sound: Le légendaire batteur « Leroy Horsemouth Wallace » joue sur votre nouvel album, comment votre  rencontre a aboutie ?  8f1314874a-300x300

Harrison Stafford: Quand j’étais gamin, autour de mes 16 ans, je me suis lié d’amitié avec  Cedric Myton  (the Congos). Notre lien s’est solidifié et, en 2000 j’ai produit un albums des Congos enregistré en Jamaïque dans les studios Tuff Gong. Cedric m’a alors présenté à Leroy Wallace ! Je connaissais Horsemouth à travers ses enregistrements pour Studio One. Et bien sûr, le film Rockers. Nous sommes devenus très proche et avons enregistré ensemble lors de diverses sessions !  Horsemouth a également tourné avec Groundation à l’occasion  de « Tibute to Bob Marley » …  Depuis lors, notre relation grandit de jour en jour.

The Island Sound: Je dois admettre que pour l’instant, mon morceau préféré sur l’album est : “The Music”. Cependant, sur  “Young Dread”, il y a un speech en fond que, tu nous proposes d’écouter ….  Dès le début du disque !  En tant qu’auditeur, je prends cela comme un discours motivant destiné à « ouvrir les yeux de la société » !  Peux-tu nous expliquer l’utilité et l’origine de cet extrait audio ?

Harrison Stafford: J’ai cherché à utilisé ce discours prononcé par Mario Savio depuis près de vingt ans.  Cet illustre personnage fut un porte-parole  pour l’équité des droits civils et la liberté d’expression …   Mario Savio a eu une influence majeure sur moi . Au moment d’aller à l’université, le seul établissement auquel je me suis référé était Sonoma State University, simplement parce-que Mel Graves mentionnait Mario  dans le  « Jazz program ». Savio enseignait d’ailleurs  à l’université …   J’ai eu  l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises avant son décès.  « Il a été un leader de longue date :  La chanson  “Young Dread”  parle des « divers luttes initié par les gens  au sein du système ». Je crois que le discours s’appelle :  “Operation of the Machine”. Donc, pour moi, il s’agit vraiment des gens mais surtout  de ceux qui détiennent le pouvoir et la richesse, ce pouvoir « les rendant capables de « manipuler les masses » …  Mais, en même temps, ils s’acharnent à nous montrer « une démocratie et des libertés apparentes » …  C’était finalement, la chanson parfaite pour utiliser ce discours émanant d’une personne passionnante ! Pour moi, cela donne du punch au message et à la chanson ! Même si, au final ce discours date de 1954 …  En 2016 nous avons toujours besoin de l’énergie de Mario Savio.

The Island Sound: Dans l’industrie musicale beaucoup d’artistes ont été affublés d’un surnom par des fans ou, par leurs contemporains … Dans le milieu Reggae ton pseudonyme est : « Professor  » …  Comment ressens-tu cela ?

Harrison Stafford: C’est intéressant,  je suis honoré et heureux de ça ! Je suis fier d’avoir enseigné l’Histoire du Reggae Music à un niveau Universitaire ! Les premières personnes qui m’ont nommé « the Professor » étaient Horsemouth, Israel Vibration, les Congos &  Rocky Allen Bailey. Ça fait sens car, à l’époque j’enseignais l’histoire de cette musique . En 2011, lorsque mon premier album solo est arrivé, j’ai pensé que ce « nicknale » était  très approprié ! C’était moi, assumant désormais le nom de « Professor ». Dans cet mon premier opus solo, je parle de mon pèlerinage à West Bank dans les territoires occupés en Israël …  Avec « Madness », j’ai donc  essayé de « représenter la voix des Palestiniens » ! Pour moi, à travers cette musique j’enseigne vraiment les gens en évoquant cette situation. Suite à cela, j’ai commencé à vraiment apprécié  mon surnom de « Professor ».

The Island Sound: Harrison Stafford and The Professor Crew ont un planning bien chargé cet été : Avec certaines dates dans les plus grands festivals reggae au monde … Á quoi va ressembler votre groupe pour les concerts à venir ?

Harrison Stafford: Je suis très excité à l’idée de tourner avec ce groupe ! C’est « mon équipe » :  Harrison Stafford and The Professor Crew. Dans mon album je suis accompagné par les légendaires musiciens Jamaïcains …  C’est la musique Reggae pure et vraie, je voulais rassembler les pointures du genre …  Pour notre tour estival 2016, nous gardons « la fondation » ! Hélas, à cause de son emploi du temps et des différentes tournées :  Errol “Flabba” Holt  ne sera pas avec nous, il reste avant tout le bassiste de Israel Vibration. Dalton Brownie est le guitariste de  Freddie McGregor , il sera également absent !  Les grands musiciens Jamaïcains travaillent constamment . Malheureusement, cette fois-ci, nos agendas n’ont pas collés. Parfois c’est comme ça, « ainsi va la vie » !

C’est  fantastique car Horsemouth sera à la batterie Lloyd “Obeah” Denton sera aux claviers  Andrew “Bassie” Campbell, à la basse ! Il y aura également des jeunes musiciens que je connais. Ils sont comme moi originaires de la région de San Francisco, l’un d’entre eux à même des racines Brésiliennes. C’est,  Eduardo Gross qui jouera la guitare lead. Le groupe comportera aussi Craig Berletti, un jeune trompettiste qui sera également au piano et à l’orgue B-3 avec nous … Nous serons donc six musiciens en tournée : Trois Jamaïcains et trois Californiens … Il y aura toutes les tranches d’âges dans notre groupe,  avec des gens nés dans les années 1940s, 1950s, 60s, 70s et 80s.

The Island Sound: Après la tournée Européenne cet été, voudriez vous tourner aux USA ou en Amérique du Sud ?

Harrison Stafford: Oui, je l’espère, en janvier dernier nous avons joués en faisant  quelques dates ici en Californie. Groundation est désormais en pause, c’est quelque chose de planifié depuis longtemps  ….   Il est bon d’être à la maison en famille ! Cela m’a permis de faire quelques concerts locaux en Californie, j’espère pouvoir le refaire à l’automne.  Holding on to Jah est disponible depuis novembre dernier. Ainsi,  je prévois de faire une lectures et ensuite de montrer le film dans les Universités, avec peut-être quelques concerts également.  Il est possible de faire ça à travers la Californie, de San Francisco à San Jose. Puis,  revenir à la maison et profiter de ma famille ! C’est quelque chose de simple et local : Promotionner le film et jouer  du reggae et « répandre le message ». Bref, faire tout ce que j’aime ! Finalement,  vous savez, tourner aux États-Unis n’est pas facile …   Tandis qu’avec Groundation ou, Harrison Stafford and The Professor Crew : En Europe ou en Amérique du Sud, il y a une grosse fans base, beaucoup de gens. Et,  des réactions formidables ….   Les USA …  Hum, ce n’est pas si simple … Il y a certains endroits cools  comme par exemple, la  Californie,  Hawaï,  l’Oregon, la  Floride, ou Washington D.C. Cependant, faire le  tour de tout le pays, c’est quelque chose que nous ne faisons quasiment jamais, voire pas du tout !

The Island Sound: Selon vous, pour quelles raisons est-ce plus difficile aux USA plutôt qu’en Europe ou en Amérique du Sud ?

Harrison Stafford: Ce sont les États-Unis  Nous sommes cinquante états composés de personnes de toutes horizons. Les Brésiliens ont leur propre culture, et leur propre esprit. Ici en Amérique, nous avons des millions de cultures, diverses façons de penser et de faire ! Certains endroits restent néanmoins très ouverts au Reggae Music ; comme aux valeurs qui en découlent. Par contre , ici tu as des également desendroits qui ne sont pas propices à tout ça ! Pour moi, dans notre pays  nous n’avons pas « d’identité solide » Je pense que le Reggae fonctionne en Europe, parce que les gens acceptent d’avantage l’art en général … Tout le public ne se retrouve pas dans l’engouement autour de la pop :  Les Européens préfèrent voir Groundation plutôt que Miley Cyrus ! Ils sont en quête de cette identité culturelle …  Selon moi,  thumbnail_web-160413_Harrison_Stafford_0175-Lee_Abel les Américains sont plus aptes à rester à la maison devant leurs écrans plats à regarder des DVDs ! En Europe, les gens sortent et célèbrent l’art tous les jours de la semaine. Là-bas il y a une vraie communauté enclin au Reggae !

En Amérique, aucun gros médias, « aucun shows reggae à la télévision » ! Pas de magazines non plus, je crois que « Reggae Report » fut le dernier …  Ici, la musique doit faire face à de nombreux obstacles, surtout le roots, la musique progressive ou encore la « musique avant-gardiste ». Bref, tu dois travailler dur avant d’obtenir une réelle fan base …

The Island Sound: Tu as évoqué la pause de Groundation à l’heure actuelle … As-tu planifié ça depuis longtemps, qu’est-ce que le futur réserve à Groundation ?

Harrison Stafford: Assurément, il y aura des dates dans le futur, être sur la route n’est pas chose facile ! Le batteur Te Kanawa avez besoin de retourner à la maison auprès des siens et de ses petites filles  ! Cela fait près de dix ans que nous sommes constamment sur la route …  Nous parlons depuis plusieurs années de faire un break, c’était le bon moment pour tout le monde ! Il nous faut trouver un nouveau batteur, et rafraichir  un peu tout ça afin de revenir plus fort !

The Island Sound: Pour conclure, qu’espérez vous qu’assimilent/apprennent les gens  à l’écoute de votre nouvel album  One Dance?

Harrison Stafford: J’espère que le nouvel album inspirera les auditeurs !  Beaucoup d’émotions et de sentiments transpirent à travers la musique, globalement il s’agit d’unité ! Nous devons tous comprendre que nous ne sommes pas membres de « communautés, classes sociales ou quelconque races et  religions » …  Nous sommes simplement membre de la Race Humaine ! Notre allégeance et responsabilité ne doit s’exercer envers aucunes nations. Mais, plutôt, envers l’Humanité toute entière … Ce sont  tous ces éléments que les gens peuvent tirer de « One Dnce », du moins  je l’espère . Les réactions suite à la parution de l’album ont été géniales …  Bien sûr, c’est une musique différente de celle proposée par Groundation…  Cette musique est écrite pour les musiciens qui m’accompagnent sur l’album. Encore une fois, c’est du pur Reggae :  « Clean and sweet music » –> Concentré avant tout  sur les paroles et « le don de la chanson en elle-même ».

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